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 Dessine moi un mouton ❧ Virginia

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MessageSujet: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Lun 13 Aoû - 19:07





Virgina et Emily

« Mère ne devriez-vous pas vous reposez ? » Un bal, un bal allait être donné dans quelques jours chez un de nos riches voisins. Nous avions le devoir de faire honneur à notre nom et surtout de se faire des relations. Dans ce monde n’étais ce pas ma chose la plus importante. Ça l’était en tout cas pour mère, elle aimait ce monde, je l’aimais un peu moins. D’une certaine façon je restais plus méfiante. Ce n’était qu’un monde d’apparence et j’étais sûr que certains avaient des choses à cacher qu’on ne pouvait pas imaginer. Adossée contre le mur, j’observais ma main qui tentait de trouver une robe adéquate. La dernière qu’on m’avait acheté avait malheureusement fini déchiré après que j’ai tenté de libérer un lapin prit dans un piège. Evidemment, ce n’était pas vraiment ce que j’aurais du faire. Les robes coutaient chères, nous n’avions pas forcément les moyens d’en racheter une nouvelle. Sur le moment, je n’y avait juste pas pense. « Emily!! veillez mieux vous tenir » Je roulais des yeux avant de me redresser. Je ne voyais pas ce qu’il pouvait y avoir de positif à être une femme. Nous étions soumises à une éducation stricte, nos mouvements, notre façon de penser, notre tenues, tout en nous se devait d’être parfait. Etais-je la seule à ne pas remarquer que j’étais loin d’être parfaite. « Vous irez en ville avec votre père demain pour vous acheter une robe convenable »
Voila surement la pire des punitions, la ville, je détestais la ville. L’idée de m’y rendre pour l’achat d’une robe était loin de me donner envie. Je détestais la ville, il y avait trop de monde, bien trop de tensions. « Mais mère !! » Prête à trouver de nombreux arguments je me trouvais cependant prise de cours quand elle s’avança vers moi d’un air décidé. « Emily Montgomery, je tiens à vous signalez que William Knigton et le neveu d’un très avocat. Il est surement votre dernière chance, alors vous allez vous mettre votre plus jolie robe ! » Sur ses mots elle s’en alla en gesticulant dans tout les sens tandis que je haussais les épaules. Si seulement elle savait. Un, ce William n’avait tout simplement aucun intérêt à épouser une jeune fille de ma condition. Deux, il n’y avait surement personne d’autre que je détestais plus que ce William. Depuis le jour, ou il m’avait volé mon poney me renvoyant à la figure que je n’étais qu’une femme, le simple fait d’énoncer son prénom me faisait rentrer dans une sombre colère. Autant laisser ma mère dans ses illusions. Elle n’avait plus que ça de toute façon. Quant à ce bal, je n’avais finalement pas vraiment envie de m’y rendre, mais j’étais aussi bien trop heureuse de retrouver ma chère Eliza. Je laissais échapper un soupire avant de sortir à l’extérieure. Non loin de là maison se trouvait un champ dans lequel broutaient tranquillement quelques-uns de nos chevaux. Près de là se trouvait Miss Thornton qui m’attendait pour ma leçon de dessin. Si on pouvez appeler ce que je dessinais des dessins. « Miss Thornton, Je m’excuse pour mon retard, qu’avez-vous prévu pour aujourd’hui ? » Impatiente ? non pas vraiment, plutôt curieuse de savoir sur quel sujet j’allais devoir exprimer mon art…
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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Mar 14 Aoû - 16:53


Virginia Thornton & Emily Montgomery

Lorsqu’elle s’était levée ce matin-là, durant un instant, Virginia avait été surprise de ne pas entendre le mouvement qui régnait habituellement dans les rues de Milton, ainsi que le vrombissement permanent produit par l’activité des usines. Au lieu de cela, elle ne perçut que le chant des oiseaux et le doux murmure du vent contre la vitre de sa fenêtre. L’espace d’une seconde, elle se crut même de nouveau à Aldbury, au temps où son existence n’était qu’insouciance et légèreté. Mais rapidement, la réalité reprit le dessus, une réalité qui s’était néanmoins considérablement améliorée depuis qu’elle avait quitté le détestable mouvement de la ville pour un petit village de campagne. Elle se leva et marcha jusqu’à la fenêtre, qu’elle ouvrit. L’air frais envahit la petite pièce, mais c’était un air sain et agréable, loin de la brume lourde et pestilentielle qu’elle avait connue durant quatre ans. A l’exception des dommages qu’avaient subies sa jambe droite à la suite d’une chute lorsqu’elle était enfant, elle n’avait jamais eu de réel ennui de santé, jusqu’à son arrivée à Milton. Elle avait rapidement remarqué que la piètre qualité de l’air avait un impact sur ses poumons. Rapidement, elle avait été régulièrement sujette à des crises de toux, sans réelle gravité, mais tout de même assez gênante. Cela faisait à peine quelques jours qu’elle avait quitté la ville pour Histon, et déjà elle sentait que ces crises s’estompaient peu à peu, à son plus grand soulagement. Le soleil brillait sans doute moins intensément ici que dans le sud de l’Angleterre, mais en comparaison de la grisaille qu’elle avait connue durant tant de temps, les couleurs lui apparaissaient lumineuses, et même presque aveuglantes.

Cependant, la jeune femme ne devait pas oublier qu’elle n’était pas ici pour s’amuser, mais pour veiller à l’éducation et au perfectionnement de trois jeunes filles, dont l’une, l’aînée, avait très exactement son âge, une situation qui n’était guère confortable pour Virginia. Jusqu’à présent, les élèves qu’elle avait eues avaient toutes été bien plus jeunes qu’elle, ce qui lui permettait de clarifier les rapports d’autorité. Dans le cas de Miss Montgomery, les choses risquaient d’être bien plus compliquées : rien ne les séparait, si ce n’était leurs différences sociales et si la demoiselle décidait de lui compliquer la tâche, elle aurait beaucoup de difficultés à reprendre le dessus. Fort heureusement, la jeune femme lui avait semblé tout-à-fait prête à se montrer coopérative et ne lui avait causé aucune difficulté pour le moment, bien au contraire. Cependant, ce n’était pas pour autant que la gouvernante se sentait totalement à l’aise, et elle ne pouvait s’empêcher de se montrer d’autant plus distante avec elle, attitude qu’elle adopterait probablement jusqu’au moment où elle l’aurait mieux cernée et saurait très exactement comment s’y prendre avec elle.

Elle était justement supposée lui donner une leçon de dessin ce jour là. Après s’être habillée et coiffée aussi soigneusement que possible, elle plaça un châle sur ses épaules, prit son carton à dessin, ainsi que la canne dont elle se servait lorsqu’il lui fallait marcher un long moment, et sortit de sa démarche boitillante. Lorsqu’elle descendit, elle entendit des éclats de voix venant d’une pièce attenante. Visiblement il était question d’une robe et d’un bal : des préoccupations qui avaient été les siennes autrefois, mais qui lui semblaient à mille lieux de ce qu’elle était à présent. Elle attendit patiemment son élève, qui finalement arriva, s’excusant de son retard. Le visage impassible, Virginia ne fit aucun commentaire à ce sujet. « Etant donné ce que j’ai vu de vos travaux, je vous propose de réviser les bases en commençant par dessiner votre demeure de l’extérieur. Les lignes droites seront plus faciles pour une première leçon, et cela vous permettra de travailler la perspective. » D’un geste de la main, elle invita Miss Montgomery à passer devant elle et la suivit à l’extérieur de la maison.
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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Mar 14 Aoû - 17:32





Virgina et Emily

Ma mère était surement une des personnes les plus colporteuses d’Histon. Elle savait tout sur tout le monde. Il m’arrivait même parfois de me demander si elle n’avait pas un don pour la voyance. Elle semblait en effet réussir à prévoir les histoires futures avec une certaine exactitude, ce qui bien entendu lui donnait un réel avantage. Le plus drôle était surement de la voir au marché. Elle avait, avec le temps, réussi avec l’art et la manière à soutirer des informations à tous ce qui pouvaient en détenir. Finalement elle faisait bien plus son marché pour obtenir des informations utiles que pour acheter des produits frais… Je m’étais juré de ne jamais lui ressembler, je détestais cette curiosité maladive qui habitait la plupart de mes voisins et ma mère en particulier. Chacun de nos faits et nos gestes pouvaient créer une rumeur. Le plus souvent c’était finalement tout à fait cocasse, on voyait des liaisons là où il n’y en avait pas, des grossesses qui n’étaient que de pures inventions. Le plus drôle demeurait sans contexte les possibilités des mariages de l’année. Et là, ma mère avait tendance à m’y voir. Chaque année, elle se voyait célébrer mes noces et je ne pouvais qu’assister à cela sans vraiment pour me rebeller. J’aurais aimé pouvoir être une meilleure enfant, j’avais essayé, mais j’en étais incapable, je voulais vivre une vie différente. Loin de toutes ses convenances. Bien sûr cela était tout à fait utopique, mais j’aimais rêver à un monde où les femmes ne seraient pas que des faires valoir, un monde où les femmes auraient leur mot à dire, ou elle serait venu comme des êtres à part entières et non comme des objets et comme des reproductrices. Oui, bien sûr, ma mère avait joué ce rôle, sans elle, je ne serais bien évidemment pas là. Mais voyez-vous, cela ne me donne aucunement l’envie d’enfanter. Certaines femmes sont peut-être maternelles dès l’enfance, mes sœurs ainées l’ont été, mais quand leurs poupées sont arrivées entre mes mains elles ont toutes connues un bien triste sort. Je crois que je reste finalement trop dans les livres et pas assez dans la réalité, mais qu’importe on a tous une réalité et j’ai celle que je me suis construite. Le mariage n’est pas fait pour moi, du moins pas pour le moment. J’allais encore décevoir ma mère, sans compter Jane. Ma cadette rêvait de mariage depuis l’enfance, elle n’avait qu’une envie me voir partir de la maison mais pour le moment je jouais assez bien la résistance. Le comportement de ma sœur était tout simplement à l’opposé du mien. Chacune de ses sorties hors de la maison était orienté vers la séduction de ses messieurs. Ma mère était donc tout à fait à son aise quand elle sortait en compagnie de Jane. D’ailleurs elle allait surement réussir à la fiancer avant moi ce qui serait finalement une très bonne nouvelle.

Un mois plutôt notre gouvernante avait dû nous quitter. Pour cause, elle se mariait. Celle-ci étant âgé de 30 ans, ma mère se trouva fort dépourvu. Comment une telle femme pouvait trouver un mari ? C’était absurde, alors qu’elle, elle possédait une si jolie jeune fille à marier. Elle l’avait répété pendant une semaine, ce qui était assez gênant. Mon ancienne gouvernante était une femme sympathique aux formes généreuses qui avec le temps était plus devenu une confidente qu’une vrai gouvernante. Elle avait épousé son amour de toujours après bien des péripéties. Son départ était donc signe de bonheur. Ma tristesse fut donc apaisée par cette vérité.

Ma nouvelle gouvernante était arrivée à point nommé. Ma mère ne s’imaginait pas devoir avouer à Sir Knigton que ses filles étaient dépourvues de gouvernante. Pour ma mère, je jugeais avoir dépassé l’âge d’en avoir une, mais maintenant que Miss Thorton je ne pouvais qu’accepter la situation. Je n’allais pas me défouler sur elle. Sa situation n’était surement pas des plus enviables, si loin de chez elle, dans un endroit inconnu, cela devait être assez dur à vivre. Et puis elle n’avait rien fait pour que je la déteste. Ah si, elle avait un rang au-dessous du mien, mais s’il y avait bien une personne qui prêtait peu d’intérêt à ce genre de choses, c’était bien moi. Ce qui m’intéressait c’était plus ce qu’elle avait à m’apprendre. Qui plus est j’aimais entendre des histoires et celle de ma gouvernante m’intéressait bien évidemment.

D’un regard assez perdu j’observais la demeure. Elle voulait vraiment que je la dessine. N’y avait il pas des choses plus intéressante qu’un tas de caillou qui avait tant perdu depuis mon enfance. Le manoir était le symbole de notre pauvreté, il était en mauvais état, nous étions habitués aux fuites et aux courants d’airs, mais ma foi on ne vivait pas si mal. J’esquissais un sourire avant de m’élancer. « Vous jugez donc que mon niveau est assez faible, vous savez de quoi vous parler » Un petit rire amusé sortit de ma gorge. En effet, mon niveau était exécrable, je ne pouvais que m’améliorer. « Mon ancienne gouvernante était une piètre dessinatrice. Loin de moi l’idée de la rabaisser, elle a été pendant longtemps une véritable amie. Avec le temps, nous avions toutes les deux abandonné l’idée du destin. Dit moi Virginia, d’où venez-vous, ma mère n’a pas voulu me le dire, cela n’est pas censé me regarder, mais je ne peux m’empêcher de vous poser la question ? »

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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Mar 14 Aoû - 19:06


Virginia Thornton & Emily Montgomery

Il y avait un inconvénient non négligeable à vivre à la campagne, inconvénient qu’elle avait presque oublié avant de venir s’installer à Histon pour y travailler : si à la ville, elle pouvait se permettre de n’être qu’une anonyme dont on ne se souciait guère, il n’en allait pas de même à la campagne. La société était bien plus réduite et les individus appartenant à la haute société, oisifs, s’occupaient en colportant des ragots. Virginia venait heureusement d’un lieu qui semblait trop lointain pour que son passé décide d’y venir la rattraper, mais elle avait en revanche passé trois années à Londres. Il n’était pas exclu qu’elle rencontre ici quelqu’un qu’elle connut là-bas, ou qui aient tout simplement entendu parler d’elle. C’était une éventualité fort désagréable, mais à laquelle elle devait absolument se préparer si elle ne voulait se trouver prise au piège lorsque cela arriverait. Il lui faudrait prévoir des réponses les plus satisfaisantes possibles. Il était hors de question que son avenir soit compromis à cause de son passé, qu’elle préférait laisser derrière elle. Néanmoins, elle ne pouvait empêcher certains souvenirs de revenir à la surface depuis qu’elle vivait ici, dans cette campagne qui lui rappelait la petite ville où elle avait grandi, et avec une jeune femme qui avait son âge et les mêmes préoccupations qu’elle avait eues, il fut un temps : le mariage, les bals, les promenades en pleine campagne et ses leçons en compagnie de sa gouvernante. Mais si les choses s’étaient déroulées différemment, elle aurait été mariée depuis de nombreuses années, et avec l’homme qu’elle avait tant aimé et qu’elle aimait probablement toujours. Mais elle refusait d’y repenser, ce type d’images ne faisaient que la ramener vers un passé définitivement perdu et n’apporterait rien de bon. Il était inutile de s’infliger des souffrances supplémentaires. A présent que sa situation avait bénéficié d’une très nette amélioration, elle devait profiter de l’instant présent et de son nouvel univers, bien plus agréable que le précédent. Elle ne pouvait s’empêcher de penser quelle formidable chance c’était d’avoir pu trouver cette place juste au moment où sa précédente élève avait été envoyée en pension. Quitter la ville était, et de loin, la meilleure chose qui lui soit arrivée depuis bien longtemps. L’endroit était particulièrement joli et dépaysant après l’ambiance brumeuse de Milton.

Elle préférait se montrer prudente en compagnie de Miss Montgomery, du moins pour le moment. Elle désirait d’abord savoir comment se passerait cette première leçon avant de décider quelle attitude elle adopterait envers elle. Elle remarqua tout d’abord que son élève ne semblait nullement faire preuve de mépris envers elle, une attitude à laquelle elle aurait pourtant pu s’attendre de la part d’une aristocrate, ce qu’elle apprécia particulièrement de la part de la jeune femme. D’après ce qu’elle avait pu observer, celle-ci semblait se comporter différemment de ce que l’on pouvait attendre d’une jeune noble, d’où les remarques de Lady Montgomery. Néanmoins, elle ignorait si la laisser se montrer trop amicale envers elle serait une bonne idée. Après tout, elle n’avait plus le même statut social qu’auparavant, et pour cette raison, toute éventualité d’amitié entre elles ne pouvait qu’être exclue.

Virginia n’était guère connue pour ses flatteries et préférait admettre sans détour que Miss Montgomery était bien loin d’avoir un niveau satisfaisant en dessin d’après les quelques esquisses qu’elle avait pu voir. La gouvernante ne pouvait prétendre avoir l’étoffe d’une artiste, mais elle avait bénéficié de bases solides dans ce domaine et avait un niveau parfaitement honorable. La si impassible jeune femme ne put retenir un léger sourire, amusée par la remarque de son élève. « Je dirais simplement que vous avez des progrès à faire, mais rien qui ne puisse être amélioré avec un travail régulier. » Elle lut sur le visage d’Emily comme une certaine déception lorsqu’elle lui annonça quel serait l’objet de leur première leçon. Elle pouvait concevoir que dessiner cette bâtisse n’était guère palpitant, mais mieux valait en passer par là. « J’imagine bien que vous espériez dessiner autre chose, Miss Montgomery, mais il est nécessaire de commencer par là si vous désirez progresser. Si la séance est satisfaisante, nous pourrons aller du côté des ruines la prochaine fois. »

Elle se sentait presque gênée d’adopter ce ton professoral vis-à-vis d’une femme de son âge, mais ignorait encore comment agir autrement, perturbée par un cas de figure inhabituel pour elle. Emily lui parla alors de son ancienne gouvernante, et enchaîna sur une question personnelle qui déstabilisa Virginia. « Je viens de Milton, où j’ai travaillé pendant un certain temps. » Elle savait parfaitement que ce n’était pas la réponse attendue, et que son élève voulait savoir où elle avait grandi, mais la gouvernante avait sciemment répondu à côté. Afin de l’empêcher de préciser sa question, elle préféra changer de sujet et indiqua un petit banc qui faisait face à la maison. « Installons-nous là, ce sera parfait. » Sans attendre de réponse elle s’y assit, posant sa canne près d’elle. Puis, elle ouvrit le carton à dessin et en sortit une feuille de papier, ainsi qu’un morceau de fusain, qu’elle tendit à Miss Montgomery. « Nous allons commencer par le plus simple, la façade. N’oubliez pas de bien observer la manière dont se placent les lignes, les unes par rapport aux autres avant de commencer. »
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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Mer 15 Aoû - 11:32





Virgina et Emily

« Mère ne devriez-vous pas vous reposez ? »La curiosité, ma mère vous devriez sans doute que ce n’est évidemment pas digne d’une Lady. Non une Lady se doit être irréprochable. Voilà ce qui me dérangeait, je n’aimais pas la perfection, elle était surfaite. Il m’arrivait bien souvent de croiser des jeunes femmes bien plus jolies et plus bien parfaites que je ne l’étais. Elles se ressemblaient toute sur un moi, elles étaient toute d’excellente actrice. Le monde, mon monde, celui de l’aristocratie me semblait idéal pour un théâtre. Et j’étais sûr que les spectateurs auraient ris à gorge déployé devant nos habitudes. Tous les matins ma mère prenait son thé et si par malheur celui-ci n’était pas parfait elle était de mauvaise humeur pour la journée. Mon père bien plus posé qu’elle avait cette tendance à minimiser chacune de ses paroles ce qui bien entendu l’énerver au plus haut point. Il n’y avait donc pas une journée sans qu’une de leur rencontre finisse en crise de couple. A vrai dire, je trouvais toujours cela drôle, mais ce n’était pas non plus très surprenant au vue des caractères de chacun. J’avais eu de la chance, j’en avais encore. Mes parents étaient en vie, je pouvais vivre sous leur toit, vivre sans vraiment me poser de questions. Une de mes amies d’enfance n’avait pas eu cette chance. Après le décès de ses parents, elle s’était vue marié de force à un cousin. Ses souhaits, personnes ne les avait écouté. Depuis quelques années désormais elle ne m’écrivait plus. Son mari avait du mettre fin à ses lettres. Celles-ci étaient remplis de rancœur et de tristesse et plus que quiconque je refusais de vivre ça. Ma mère avait bien des défauts et même si elle voulait me marier elle semblait aussi vouloir mon bonheur. Mon père y était surement pour quelque chose. De toute, j’étais surement sa fille qui lui ressemblait le plus. Il m’avait offert la passion des chevaux mais aussi de la terre. J’aimais Histon, j’aimais ses champs, ses vergers, son air frais et humide et je ne voulais le quitter pour rien au monde. C’était chez moi, et je ne pouvais m’exprimer qu’ici. Il n’y avait pas un jour ou je ne passais pas aux écuries. J’aimais l’odeur du foin, de la paille, le bruit de mastications des chevaux, leurs hénnisements. C’était paisible…

Je ne connaissais pas ma nouvelle gouvernante et j’étais bien décidée à changer cette vérité. Il y avait cependant quelque chose qui m’avait frappé. Cette tristesse, elle semblait triste, comme si elle avait abdiqué, acceptant cette vie parce qu’elle n’avait plus que ça. Les raisons qui l’y avaient poussé étaient pour moi aussi flou que la brume d’hiver. J’espérais que notre présence, notre maison puissent l’aider à retrouver le sourire. C’était peut-être un peu présomptueux mais pour moi, Whitetree était magique, c’était un petit bout de paradis.

En tout cas, elle semblait vouloir rester secrète. Je ravalais donc ma curiosité pour un temps, pour quelques secondes pour être précises. Je me connaissais assez bien pour savoir que ça n’allait pas durer très longtemps. J’en étais incapable. Avec une certaine déception j’attrapais donc son fusain et prenait place. Pendant quelques secondes j’observais la vieille bâtisse. Suivre les lignes… Je me lançais donc dans quelques exquises qui représentaient le contour de la maison, du moins c’était ce que j’avais en tête. « Ou êtes vous née? vous avez ma parole que cela restera entre nous ? » Bien sûr elle n’était pas obligée de me croire, mais je n’étais pas quelqu’un qui prenait plaisir à parler de la vie des autres.

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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Mer 15 Aoû - 13:14


Virginia Thornton & Emily Montgomery

Si Virginia ne vivait pas à Histon depuis très longtemps, elle avait eu le temps d’observer un certain nombre de choses. C’était là l’un des avantages à n’être qu’une simple employée : nul ne faisait réellement attention à elle, du moment qu’elle faisait bien son travail. Elle pouvait aller et venir à sa guise et il n’était pas rare qu’elle surprenne des conversations qu’elle n’aurait pas dû entendre. C’était le drame des maîtres : leurs domestiques en savaient toujours plus qu’ils ne l’auraient voulu. Mais contrairement à d’autres, la jeune femme n’était guère du genre à colporter ce qu’elle pouvait entendre, ce qui ne l’empêchait pas de se forger sa propre opinion. Elle avait bien vu que Lady Emily était quelque peu différente de ce que l’on pouvait attendre d’une jeune aristocrate, ou du moins, de ce que sa mère pouvait en attendre. En vérité, d’une certaine manière elle se reconnaissait en elle, du temps où ses parents étaient encore en vie. Il était probable qu’à cette époque, elle aurait agi de la même manière face à l’éventualité d’un mariage arrangé. A ce moment là, son statut social lui semblait de bien peu d’importance. Mais les épreuves qu’elle avait subies et l’expérience des années lui avaient appris que pour une femme, mieux vaut avoir un revenu acceptable plutôt que sombrer dans la pauvreté, comme c’était son cas. Se voir soudainement déchue de son statut social avait été particulièrement humiliant, d’autant plus les quelques fois où elle avait dû affronter les regards d’anciennes connaissances. Fort heureusement, cette région était suffisamment éloignée de là où elle avait vécu auparavant pour lui éviter le malheur de faire de telles rencontres. Selon les individus qu’elle rencontrait, cela pouvait passer pour du cynisme, ou du réalisme. Elle savait aujourd’hui que liberté et pauvreté s’accordaient fort mal. En cela, elle n’aurait pu être plus différente de son élève et espérait que celle-ci ne connaitrait jamais d’aussi implacables désillusions. Qui sait, peut-être aurait-elle la chance de rencontrer et d’aimer un homme suffisamment fortuné pour que son bonheur soit complet. Mais ce n’était pas à Virginia de s’en mêler, après tout, elle n’était que la gouvernante.

La jeune femme n’avait dévoilé que le strict minimum à son sujet, espérant que cette discrétion aurait le mérite de ne pas susciter les questions. Elle se trompait : l’être humain est par nature curieux vis-à-vis de ce qu’il ne connait pas, et Lady Emily était bien plus déterminée qu’elle ne le paraissait à première vue. Elle n’avait visiblement pas l’intention d’abandonner si facilement et renouvela sa question, de manière telle que Virginia ne put cette fois y échapper. Après un court silence, elle finit par répondre de la manière la plus succincte possible. « Je suis née à Aldbury, une petite ville du Hertfordshire. » Elle craignait que cette révélation ne suscite d’autres questions. En effet, s’établir au nord alors que l’on venait du sud était pour le moins inhabituel. La gouvernante commençait à se rendre compte que sa discrétion prenait l’aspect du mystère aux yeux de ceux qui la côtoyaient, et le plus grand intérêt d’un mystère est d’être percé.

Elle se doutait que tenter de recentrer l’attention d’Emily sur la leçon serait inutile, mais elle le fit tout de même. Après tout, c’était pour cela qu’elle recevait un salaire. Elle regarda les travaux qu’elle avait effectués jusque là. « Ce n’est pas mal, je commence à voir où se situent vos lacunes. Vous envisagez encore les lignes comme des éléments individuels que vous assemblez entre eux. Essayez plutôt de les voir comme un tout. Aucune ne pourrait exister sans les autres. » D’après ce qu’elle pouvait voir, son cas était bien loin d’être désespérée. Avec un entraînement régulier et quelques bases, elle aurait tout-à-fait le niveau que l’on pouvait attendre d’une jeune personne de sa condition.
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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Jeu 16 Aoû - 11:40





Virgina et Emily

Nous étions à la campagne. Pour les gens de la ville, nous étions devenu des personnes étranges et peu fréquentables. A part peut-être pour les grandes familles, celles qui étaient si riches qu’on n’osait pas les critiquer. Leur position était bien trop importante pour qu’on ose se les mettre à dos. De plus, dans ce monde, il est bien de posséder des amis hauts placés. L’amitié reste cependant une notion à revoir. Notre monde reste un joli monde de paraitre, de mensonges et de compliments qui n’en sont pas. Combien de femmes se taisent ? Combien de vie sont à peine vécue ? J’entends déjà ma mère hurler que je suis trop rêveuse, que ce n’est pas parce que je pense que cela se passera ainsi. Mais voilà, c’est cette pensée qui me rend libre. Libre ? C’était un mot si utopique et pourtant s’était ce à quoi j’aspirais le plus. Au fond je savais cependant que je ne pourrais jamais être complètement libre mais j’aimais rêver à cette possibilité. J’avais trop d’espoir, j’aimais trop la vie et peut être que je n’étais finalement pas asse terre à terre, mais tant que j’avais cette force de rêver alors je n’allais tout simplement pas m’en priver. J’étais consciente qu’un jour on allait me briser les ailes, cela ne pouvait pas se passer autrement. Pourtant une fois de plus il y avait toujours cette petite lueur d’espoir, cette idée que peut être j’allais avoir la chance de pouvoir créer mon propre destin. Mes deux sœurs s’étaient mariés, la première avait épousé son mari à l’age de 16 ans, la seconde à 20 ans. J’étais donc pas mal en retard si on se fiait aux mariages alentour. Je commençais à être une vieille fille, une de celle qu’on voulait absolument marié parce que c’était comme ça que ça devait être. Cela aurait surement été plus facile pour ma famille mais aussi pour moi si le mariage n’était pas un sujet tabou. Car c’était bien le cas, je voyais le mariage comme une prison et je n’avais aucune envie de changer ma vie actuelle. Disons tout simplement que je n’étais quelqu’un qui appréciait le changement, bien au contraire. Cependant, je savais aussi que si je voulais continuer à vivre sans sombrer dans la pauvreté, le mariage était indispensable. Dure de se l’avouer d’ailleurs, je ne savais pas si je serais en mesure de vivre sans confort matériel, cela serait surement difficile mais pas impossible. Par contre s’il y avait bien une chose qui me poserait problème c’est la solitude. Depuis le départ j’étais quelqu’un de sociable, d’amicale, je me voyais donc mal vivre seule.

Ma vie n’était peut-être pas des plus passionnantes, voilà pourquoi je m’intéressais à la vie des autres. Et vue que Miss Virginia allait partager ma vie et qu’elle allait surement en apprendre beaucoup sur moi, je voulais aussi en apprendre sur elle. Je connaissais son lieu de naissance de nom. Il devait y avoir une vente de chevaux, mon père s’y était rendu quelques fois, mais j’étais incapable de décrire l’environnement dans lequel elle avait grandi. « Cela vous manque t’il ? Cet endroit ? Je suis toujours nostalgique quand je quitte Histon »

J’étais attentive à ses mots. Curieuse de nature j’aimais apprendre. Alors si je pouvais m’améliorer en dessin qu’il en soit ainsi. Je recommençais donc en tenant bien compte de ce qu’elle voulait me faire saisir. Bien sûr je ne serais surement jamais une grande artiste mais ça allait peut être enfin ressembler à quelque chose.

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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Jeu 16 Aoû - 15:53


Virginia Thornton & Emily Montgomery

Le fait de vivre de nouveau à la campagne la confrontait à ces prestigieuses familles qui y vivaient. Elle y retrouvait tout l’univers qu’elle avait connu étant enfant, puis jeune fille, un univers qu’elle avait parfois détesté, mais qui avait été le sien. Il y régnait une douceur de vivre qui lui avait cruellement manquée à Londres, puis à Milton et qu’elle retrouvait enfin ici. Elle avait reprit plaisir aux promenades effectuées en pleine nature durant son temps libre et il lui arrivait parfois, lorsque le temps était au beau fixe, de s’allonger dans l’herbe et de fermer les yeux, comme elle le faisait des années auparavant. Dans ces moments-là, elle avait parfois, l’espace d’un instant, l’impression d’être de retour à Aldbury, ce lieu qui représentait pour elle un paradis terrestre. Tout comme Lady Emily, elle avait dû obéir à des contraintes destinées aux jeunes filles, et ce même si elle n’était pas aristocrate. Sa famille à elle avait de la fortune, mais ses parents avaient eu le malheur de ne jamais avoir eu de fils. Etant donné qu’elle n’hériterait pas, la question d’un mariage avantageux s’était posée extrêmement tôt. Contrairement à son élève, la nature ne l’avait pas dotée de charmes suffisants, susceptibles d’attirer des prétendants. Elle était également boiteuse, ce qui constituait un handicap sérieux au sein du marché matrimonial. Pourtant, malgré tout cela, elle avait eu la chance insolente de tomber amoureuse du prétendant que ses parents avaient choisi pour elle, et de s’en faire aimer en retour. A l’époque, il lui avait semblé que personne n’aurait pu être aussi chanceux qu’elle, mais à présent, elle voyait les choses quelque peu différemment. Cet amour qui lui avait semblé être une bénédiction avait engendré des souffrances qu’elle n’aurait pu imaginer, et elle était parfois partagée : n’aurait-il pas mieux valu qu’elle ne le connaisse jamais? Elle serait alors plus tranquille et pourrait trouver une certaine satisfaction à son sort. Pourtant, elle savait que si quelqu’un lui avait donné ce choix, elle n’aurait pu y renoncer. Vivre une telle chose était de loin ce qu’elle avait connu de plus fort, de plus intense et le souvenir en était aussi pénible qu’indispensable à ses yeux. Elle ignorait encore si Emily dédaignait l’idée même du mariage pour une raison de ce type, ou s’il s’agissait au contraire d’un simple mépris de cette institution. Elle ne la connaissait que bien peu, mais devinait en elle un naturel franc, si bien qu’elle l’imaginait assez mal dissimuler quelque amour secret. Mais qu’en savait-elle, après tout? Elle n’avait pas encore suffisamment d’expérience pour déceler ce qui se tramait dans la tête d’une jeune fille.

Très honnêtement, Virginia se serait fort bien passée de toutes ces questions. Elle n’appréciait guère d’être interrogée ainsi. Pourtant, refuser de répondre aurait signifié se montrer grossière, et ça, pour la gouvernante, c’était tout bonnement inenvisageable. « Cela fait bien longtemps que j’en suis partie, mais il est vrai que j’y repense toujours avec un certain plaisir. » Revenir à Aldbury? Non, elle ne l’envisageait pas. Elle savait au fond d’elle qu’elle n’y retournerait probablement jamais. Si cette petite ville de campagne était le lieu de tous ses plus beaux souvenirs, il était aussi celui des pires. Elle craignait qu’en y revenant, les délicieux moments qu’elle y avait passés ne soient supplantés par les autres. « Vous savez, Lady Emily, il est inutile de s’attacher trop profondément à un lieu. Il est tout-à-fait compréhensible, et même naturel, que vous aimiez le lieu où vous avez grandi, mais vous devez vous préparer au fait qu’un jour ou l’autre, il vous faudra le quitter. » Peut-être cela semblait-il quelque peu terre à terre, mais pour son bien, il valait mieux que la jeune femme soit réaliste. A moins d’épouser un habitant d’Histon, elle serait amenée à le quitter, c’était là une certitude.

Elle se pencha sur le travail que son élève était en train d’accomplir, et qui déclencha l’un de ses rares sourires. « Et bien, ma Lady, voilà qui est beaucoup mieux. Si vous continuez à progresser de cette manière, je gage que bientôt votre mère vous demandera certaines de vos oeuvres pour les accrocher aux murs de votre demeure. »
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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Ven 17 Aoû - 17:23





Virgina et Emily

Entêtée ? Oui sans aucun doute, j’étais quelqu’un d’assez décidé. Mes avis étaient souvent fait à l’avance et je n’en changé que peu souvent. Je me trompais rarement sur les gens, ma gouvernante me semblait être quelqu’un de tout à fait respectable. La question était donc de savoir pourquoi elle en était arrivé à devenir gouvernante. Après tout le plus souvent les gouvernantes sont des femmes cultivés, rares sont les gouvernantes qui viennent du bas peuple. Alors pourquoi choisir cette vie ? Pourquoi venir à Histon ? Le plus souvent les gouvernantes n’avaient pas choisi ce métier par passion, mais bien pas obligation pécuniaire. Gagner de l’argent par soi-même ? Voilà qui était abstrait pour la jeune femme. Son père ne travaillait pas, il gagnait de l’argent grâce à ses terres et surtout à sa rente, il ne s’était jamais salis les mains, je ne voyais donc pas vraiment en quoi consistait le travail. Je me doutais cependant que cela devait être différent que ce que je pouvais concevoir. Assise sur ce tabouret, j’avais fini l’impression de travailler. Travailler mes gestes, mon regard, pour tenter de m’améliorer. Mais dans le cas de Miss Virginia s’était bien différent. Elle devait travailler pour vivre et l’idée me semblait assez terrifiante. Elle dépendait tant de ses employeurs… Voilà qui m’aurait déplu, tant dépendre des autres doit être bien fatiguant. Mon ancienne gouvernante ne s’était pas vraiment étendue sur le sujet mais elle m’avait comprendre que certains employeurs peuvent se montrer excessivement violents, certains même prenaient leur gouvernantes comme maitresse. Ce jour-là, j’étais restée de marbre. Les histoires de coucheries étaient assez connues, même si c’était tabou. En tout cas, s’il y avait une chose de sure c’est que Virginia avait trouvé un havre de paix. Mon ancienne gouvernante s’était trouvée bien attristé en nous faisant ses adieux. Elle était devenue une femme qu’on s’était mise à aimer et même si ma mère n’appréciait pas vraiment, nous avions ressenti une vive douleur lors de son départ. Miss Virginia venait donc en remplacement et finalement je n’étais pas déçue. Ma mère aurait pu nous choisir bien pire, Miss Virginia semblait être une personne intéressante et surtout compétente. Elle semblait savoir de quoi elle parlait, elle connaissait son sujet. C’était donc bien plus agréable qu’autre chose. Elle allait surement pourvoir m’apprendre des choses et peut être que je pourrais lui en apprendre d’autre, même si j’en doutais.

Tout en dessinant, je commençais à me rappeler que le village d’où venait Virginia ne me semblait pas inconnu. J’avais déjà entendu ce nom quelque part mais quand on s’appelle Emily Montgomery on sait aussi qu’on n’est surement pas la bonne personne pour se souvenir de ces choses-là. J’ai toujours eu tendance à n’écouter d’une oreille. Pourtant quelque chose me titillait, je n’avais pas été surprise, je ne m’étais même pas demandé ou cela se trouvait… Je finis par passer à autre chose, de toute manière cela n’avait surement pas une trop grande importance.

Je laissais échapper un soupire, ma gouvernante avait raison et pourtant je me voyais mal partir. J’aimais tellement Histon, ses fleurs, ses champs, ses lacs. « Je le sais bien mais plus j’y pense plus je me dis que je ne pourrais jamais être aussi heureuse que je ne le suis à Histon. Je sais que je ne pourrais vivre en ville, j’en mourrais » Bon c’était peut-être un peu trop tiré par les cheveux, mais je savais aussi que la ville n’était tout simplement pas faite pour moi. Tout en continuant à dessiner je laissais échapper un rire amusé. « Promettez-moi de ne rien dire à ma mère. Si elle l’apprenait elle risquerait de le rajouter sur la longue liste de mes qualités pour me vendre en tant que mariée » Appliquée je continuais à dessiner. Miss Virginia m’avait expliqué avec une certaine facilité, elle devait savoir dessiner, surement mieux que moi. « Vous aimez le dessin ? Dessinez-vous à vos heures perdues ? »

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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Ven 17 Aoû - 18:52


Virginia Thornton & Emily Montgomery

Plus les minutes passaient, plus Virginia se rendait compte du fossé qui existait entre Lady Emily et sa mère. Lorsqu’elle l’avait rencontrée pour la première fois, Lady Montgomery lui avait posé les questions les plus basiques possibles. Elle s’était intéressée à ses références, à sa réputation et à son expérience en tant que gouvernante. Ce qu’elle avait pu traverser au cours de sa vie n’avait que peu d’importance. Il ne lui semblait pas que sa patronne ait une mauvaise opinion d’elle, mais même si elle l’appréciait, Virginia restait avant tout son employée et non son égale. C’était une attitude normale, et même naturelle aux yeux du monde. Pourtant, son élève semblait ne pas vouloir prendre en compte les barrières sociales qui les séparaient. Pour être honnête, cela ne plaisait guère à la gouvernante. Bien sûr, elle était touchée par ces marques d’attention auxquelles elle n’avait que trop rarement droit, mais elle n’aimait pas particulièrement se voir questionner et devoir évoquer son passé. Malheureusement, elle se trouvait piégée malgré elle, car sa position ne lui permettait certainement pas de refuser de répondre à toutes les questions que voudraient lui poser Lady Emily, tant que cela resterait dans les limites des convenances. De plus, cela ne l’aidait pas à savoir comment maintenir une certaine distance avec une jeune personne qui avait très exactement son âge. Bien sûr, pour le moment, tout se passait à merveille : son élève était particulièrement agréable et faisait visiblement de son mieux pour prendre en compte ses conseils et progresser. Elle n’en aurait pu rêver de plus plaisante, et pourtant, un certain malaise s’installait en elle. En tant que fille de gentleman, elle aurait pu prétendre à une certaine égalité, mais s’y refusait à présent qu’elle avait été déchue de sa position. Elle n’était plus cette jeune fille protégée des difficultés du monde au sein d’un environnement familial privilégié, contrairement à Lady Emily. En cela elle avait le sentiment d’être bien plus âgée qu’elle.

Lorsqu’elle entendit les propos de son élève au sujet de l’importance qu’avait Histon pour elle, elle lui lança un regard désapprobateur. « Ne dites pas de telles sottises, ma Lady. Bien sûr que vous n’en mourriez pas. Il vous faudrait faire face, et vous y parviendriez à merveille. Vous êtes à l’âge où l’on notre capacité d’adaptation est très étendue. » Sans s’en rendre compte, elle s’était mise à lui parler presque comme à une enfant. Elle se sentit hésitante quant à la conduite à adopter: était-elle allée trop loin? Devait-elle présenter ses excuses à la jeune femme? Finalement, elle décida que non. Si elle s’était montrée impertinente de quelque manière que ce soit, elle gageait qu’Emily ne craindrait pas de le lui dire clairement. En un sens, elle comprenait son point de vue : avant de partir pour Londres, puis pour Milton, elle n’aurait pas imaginé vivre ailleurs qu’à la campagne. Et pourtant, elle avait bien fini par s’y faire, même si elle avait été réellement heureuse lorsqu’elle avait su qu’elle viendrait s’établir à Histon.

Elle commençait à saisir toute l’étendue du malaise de la jeune Lady vis-à-vis du mariage, et elle ne pouvait que comprendre son point de vue : elle avait beau être une aristocrate, elle commençait à se rapprocher de l’âge où elle serait considérée comme une vieille fille et nul ne lui demanderait son avis le jour où un beau parti se présenterait. Cependant, elle était réellement jolie et pouvait encore se permettre d’avoir le choix, même si cela n’était qu’une bien maigre consolation. « Je ne lui dirai rien, si c’est là ce que vous désirez. Malheureusement, je crains que cela ne suffise pas à empêcher une future union. Je sais que cela peut paraître bien désagréable, et même cruel, mais c’est le destin de la plupart des jeunes filles et il est difficile d’y échapper, à moins de disposer de moyens conséquents. »

Il était indiscutable que la jeune femme était appliquée et Virginia était très satisfaite des progrès qu’elle avait pu faire, rien qu’en prêtant attention à ses consignes. La question sur ses goûts la déstabilisa quelque peu, cela non plus elle n’en avait guère l’habitude. « Il m’arrive parfois de dessiner, pour le plaisir, mais je vous avoue avoir une préférence pour la musique. » Elle préféra en rester là et concentrer l’attention sur son élève. « Qu’en est-il de vous, ma Lady? A quoi aimez-vous passer votre temps? »
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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Dim 2 Sep - 9:51





Virgina et Emily

Mon père avait toujours garanti à ma famille une vie paisible. Malgré notre titre on n’était pas si riche que ça. En fait, on était loin d’être riche. Il était rare qu’on aille en ville pour refaire notre garde de robe, ce qui ne dérangeait pas d’autres familles, même moins titrés. Mon père n’avait pas les moyens de toutes nous entretenir. On avait eu de la chance, certains étaient pires que nous. Mes deux sœurs ainées étant mariés, mon père s’était retrouvé avec moins de frais annexes, mais il avait bien dû payer les dotes et ce n’était pas ce qui avait arrangé les choses. On vivait donc simplement et si ma mère avait engagé une gouvernante, ce n’était pas par envie, elle se serait bien passée d’une nourrice et financièrement ça nous aurait soulagés. Mais tout simplement parce qu’il était mal vue d’éduquer des filles sans une gouvernante. Voilà la seule raison qui expliquait la présence de Virginia à mes côtés. Ce n’était pas une présence désagréable, depuis le départ de mes deux ainées, le sujet de mes discussions s’était raréfié. Ma sœur cadette était bien trop différente de moi pour que nous puissions parler ouvertement de tout ce qui nous passait par le cœur. Ma plus jeune sœur était trop jeune pour ce genre de conversation et ce n’était pas avec ma mère que je pouvais parler d’hommes, de mariage ou de mes rêves enfouis. Voilà peut-être une des raisons qui me poussait à si bien accepter la jeune gouvernante. Mais de toute manière, je n’ai jamais été quelqu’un de désagréable. Les classes sociales ne m’ont jamais empêché de m’intéresser aux gens. Disons que je suis surement trop curieuse pour ça. Quant à mon avenir, à vrai dire je ne savais pas du tout sur quel chemin j’avançais tout cela était un peu trop sombre pour moi. Je savais que je n’avais pas envie de partir, du moins pas en ville, je me voyais mal vivre à Milton. L’air de la campagne était ce que je préférais. J’aurais aimé voir l’océan. Nous n’avions jamais eu le temps de nous y rendre. L’océan je la connaissais uniquement dans les livres que j’avais pu lire et autant dire qu’il avait entamé ma curiosité. J’aurais aimé connaitre son odeur, le bruit des vagues, ses couleurs, bien des choses, mais je savais que c’était assez compromis. Partir en voyage vers l’océan était bien la dernière des idées qui devait parcourir l’esprit de mon père. Tant pis, un jour peut-être. « Nous pouvons nous adapter certes, mais pouvons-nous être heureuse ? Ça c’est une autre chose » D’une certaine manière, j’étais à la recherche du bonheur. Dans les yeux de Virginia on pouvait lire une profonde tristesse, je n’avais pas envie que cela m’arrive, pas envie d’être marié à un homme que je détestais et qui ferait de moi une poupée qu’il utiliserait selon ses envies. Alors non, je n’aimais pas du tout cette idée et je n’avais pas envie d’accepter. Et si c’était égoïste, alors je l’acceptais sans mal. On m’avait éduqué pour que je sois une parfaite maitresse de maison, sauf que j’avais toujours détesté ça. Je n’avais pas envie que ma vie se contente de ça. Éduquer des enfants, être respectable, respecter son mari et tout faire pour lui, voilà quelque chose que je ne pourrais pas faire sans sentiments. Nul doute que je finirais surement à me mourir dans un lit. « La position des femmes n’est pas des plus enviables, je le crains » C’était une contestation, nous n’étions pas si respecté que cela… Du moins une fois les portes des maisons fermées.
Finalement passer à une autre conversation ne me gênait pas. En fait parler de mariage me déprimait et c’était pas peu dire. « J’aime marcher, me promener à cheval, jouer du piano »


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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Lun 17 Sep - 21:20


Virginia Thornton & Emily Montgomery

Sur bien des points, Lady Emily lui rappelle ce qu’elle avait été quelques années auparavant. Elle avait les mêmes préoccupations, les mêmes angoisses, la même existence, à quelques exceptions près. Les Thornton n’avaient jamais manqué d’argent, et s’ils ne faisaient pas partie des grandes fortunes d’Angleterre, ils avaient de quoi vivre très confortablement sans se soucier d’économie. Quant à Virginia, elle n’avait jamais eu à se demander qui elle allait épouser, et surtout, où elle irait. Elle avait eu la chance d’être fiancée à l’homme qu’elle aimait et elle savait que son mariage ne la contraindrait pas à quitter le village de son enfance. Malheureusement, rien ne s’était passé comme prévu. Elle avait connu la pauvreté, la peur face à un homme qui la terrorisait. A présent, elle devait travailler pour gagner sa vie, mais au moins, elle était libre et n’avait de comptes à rendre qu’à ses patrons. Ainsi, elle comprenait parfaitement que sa jeune élève ne soit guère enthousiaste en songeant à l’avenir qui l’attendait. Bien sûr, des jeunes filles nobles refusant de se marier, cela s’était déjà vu, mais celles qui parvenaient à tenir cette résolution possédaient une fortune suffisante pour pouvoir s’assumer seules financièrement. Or, les Montgomery étaient loin d’être riches et il était fort probable qu’à leur mort, la fortune qu’ils laisseraient à leurs filles serait bien mince. Et qu’elle le veuille ou non, le jour où elle se marierait, elle devrait quitter Histon, que ce soit pour la campagne ou la ville. Il lui fallut un peu de temps avant de lui répondre. Le bonheur? Il fut un temps où elle croyait que bonheur et mariage allaient de pair, un temps qui était à présent révolu depuis bien longtemps. « Je crains de ne pouvoir répondre à cette question. J’imagine que nous devrions trouver en nous même la source de notre bonheur. Si vous trouvez à votre existence certaines sources de satisfaction, vous aurez au moins la possibilité de vous en rapprocher. » Ce n’était sans doute pas une réponse très satisfaisante, mais c’était la seule qu’elle pouvait lui apporter. Dans un monde idéal, le bonheur serait à la portée de tout individu. C’était malheureusement loin d’être le cas, et nombreux étaient ceux qui n’avaient pas même le loisir de se poser la question. Elle espérait néanmoins sincèrement que dans ce domaine, Lady Emily aurait plus de chance qu’elle. Elle la connaissait bien peu, mais elle voyait en elle une personne ayant du coeur, ainsi que bien d’autres qualités estimables.

« Il est vrai que nous ne nous trouvons pas toujours à la meilleure place. Malheureusement, nous n’y pouvons pas grand chose, et il ne faut pas oublier que d’autres sont bien plus à plaindre. » Elle ne parlait pas uniquement pour son élève, mais également pour elle-même. En effet, elle estimait qu’elle avait eu de la chance dans son malheur : elle avait pu se servir de l’excellente éducation qu’elle avait reçue pour occuper une profession des plus respectables. Certes, du point de vue de sa naissance, il s’agissait d’une déchéance sociale, mais au moins, elle ne faisait rien dont elle avait à rougir. Elle vivait aujourd’hui dans une famille qui la traitait avec respect, ce qui n’avait pas été le cas de celle qu’elle avait précédemment servie, et elle se trouvait dans un environnement qu’elle appréciait et qui lui rappelait son enfance. Lorsqu’elle se comparait aux ouvrières de Milton, elle ne pouvait que considérer sa chance et ne pas se plaindre.

Elle sentait qu’il valait mieux changer de sujet et dirigea la conversation vers quelque chose de plus trivial. « Ce sont des centres d’intérêt tout à fait intéressants. Cultivez-les surtout. » Elle jeta un coup d’oeil sur le travail de son élève. « Y a-t-il quelque chose que vous désireriez dessiner en particulier? » Elle était soulagée qu’Emily ait cessé de la questionner, même si quelque chose lui disait qu’elle n’abandonnerait pas si facilement la partie.
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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Mer 19 Sep - 18:46





Virgina et Emily

La réponse de ma gouvernante ne me rassurait pas. Au contraire, elle était des plus déprimante. Je préférais donc garder le silence. D’une certaine façon, je me sentais complètement seule. Etais je la seule à vouloir vivre autre chose que ce l’on pouvait attendre de moi. Miss Thornton n’avait surement pas désiré me blesser ou d’être désagréable, elle ne l’avait pas été, mais je n’aimais pas cette façon de penser. C’était un peu comme ma mère me l’avait souvent répété, ce que je traduisais bien souvent par : soit jolie et tais toi. Je ne voulais pas vivre comme ça, ce n’était pas ça le bonheur. Il n’avait qu’à voir la tête de ma gouvernante pour le comprendre. Me dire qu’elle était heureuse aurait été un mensonge, ni plus, ni moins. Il suffisait de la regarder pour voir qu’elle trainait les boulets de son existence. Elle se contentait de ça. Pourquoi ? Peut-être avait-elle trop lutté ? Ou peut-être qu’elle n’en avait plus l’énergie. Je n’aurais su le dire, mais ce que je savais c’est que tant qu’on m’offrirait de l’espoir, alors j’allais tenter de faire quelque chose pour ne pas subir complètement ma vie et attendre de brefs instants de bonheur. D’une certaine façon, j’éprouvais de la compassion envers ma gouvernante. Je savais très bien que ce métier n’était jamais fait par choix… On devenait gouvernante par la force des choses. Si j’étais chanceuse ? Oui, dans un sens…

En fait, je savais parfaitement que ma vie aurait pu être bien pire, mais ce n’était pas pour ça que j’allais tout simplement accepter, parce qu’il y avait pire. Si je possédais un avantage dès le départ, je n’allais pas le gaspiller… C’était tout simplement hors de questions. Il me brula d’envie de lui demander si sa vie lui semblait appropriée, mais surtout si elle en était satisfaite. Je n’osais cependant pas aller dans cette direction. Peur de la blesser, ou de paraitre des plus impolie. Cela ne me regardait finalement pas. La réponse je pouvais la deviner sans mal. Je me contentais de remettre une des mèches qui s’étaient échappé de mon chignon, avant de reporter mon regard sur ma toile. Autant dire que je n’étais pas vraiment satisfaite, mais ce n’était pas si mal. J’aimais ma maison, mais elle n’était pas non plus très passionnante. Peut-être aurait il était plus intéressant de la dessiner en prenant comme lieu la colline. J’aurais pu tenter de dessiner les vergers… le jardin. Ma mère adorait son jardin, elle lui vouait un véritable culte et rêver d’ailleurs que celui-ci devienne plus beau que celui de notre cher voisin. Après tout, il lui fallait bien une occupation.

Ma gouvernante était une jeune femme agréable. J’avais fini par abandonner mon interrogatoire, consciente que je ne pourrais surement rien apprendre de plus aujourd’hui. Elle semblait vouloir cacher son passé. Voila qui attisé encore un peu plus ma curiosité. Car après tout, quand on a rien à cacher, on a plus de facilité à parler de son enfance. Je pinçais mes lèvres avant de poser mon regard sur un rossignol bien décidé à tenter sa chance en voler les miettes aux poules. L’animal était aérien et il finit bien rapidement à saisir ce qu’il était venu chercher. C’était simple, mais j’aimais cette simplicité, c’était ce qui me plaisait le plus dans cette vie.
La question de Miss Virginia était assez intéressante, voilà qui me permettrait de retrouver un confort oculaire en arrêtant de regarder les pierres. « Ma jument…. Mais je crois que cela serait trop ardu » En y réfléchissant, mon esprit vogua jusqu’au tableau qui se trouvait dans le grand salon, tableau qui représentait l’océan. Qu’est que j’aurais aimé pouvoir le dessiner, mais je n’avais finalement aucune idée de ce que c’était vraiment.



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MessageSujet: Re: Dessine moi un mouton ❧ Virginia   Mar 25 Sep - 22:05


Virginia Thornton & Emily Montgomery

Elle sentait bien que la jeune femme n’était guère convaincue par ses propos. Cela ne la surprenait guère, à vrai dire. Elle la connaissait très peu, mais Virginia percevait déjà une part du caractère de la jeune fille. Elle semblait posséder un tempérament assez libre et indépendant, bien loin de la future épouse soumise que l’on cherchait à faire d’elle. Elle avait grandi dans un univers privilégié et n’avait connu aucune épreuve qui aurait été susceptible de lui faire perdre ses illusions. Elle voyait que ses paroles ne lui plaisaient guère, mais elle se sentait le devoir de la prévenir de ce qui l’attendait. Peut-être était-elle cynique, mais elle estimait plutôt être réaliste. Elle savait à présent que l’avenir était incertain et qu’il était fort rare que l’existence soit à l’image de l’idée que l’on avait pu s’en faire, en particulier pour les femmes. C’était l’expérience qui parlait. Il y avait bien longtemps qu’elle avait cessé d’espérer, ne vivant plus qu’avec de vieux souvenirs lui rappelant les temps heureux. Bien sûr, il se pouvait qu’elle se trompe, qu’Emily ait de la chance et soit mariée à quelqu’un qu’elle aimerait et qui vivrait à la campagne. Mais les chances étaient minces, très minces, et à son avis, mieux valait se préparer aux éventualités les moins agréables. Toutes deux avaient le même âge, mais en cet instant, c’était un véritable fossé qui les séparait, de par leurs opinions et leurs expériences de la vie.

Loin d’elle l’idée de jouer les oiseaux de malheur. Néanmoins, c’était également son rôle de conseiller la jeune femme au mieux, même si ce qu’elle disait ne lui était guère agréable. Elle était cependant soulagée qu’Emily ne lui pose pas davantage de questions au sujet de son passé. Elle détestait se confier, non seulement parce qu’elle estimait que ce n’était pas approprié, mais surtout parce qu’elle ne voulait pas remuer de vieille douleur. Elle n’était pas heureuse, et elle savait qu’elle n’en avait pas l’air, mais elle estimait que son sort s’était nettement amélioré, depuis qu’elle avait quitté son oncle, mais aussi depuis qu’elle était venue travailler ici. Elle était à la campagne, au sein d’une famille qui la traitait avec un certain respect et malgré le fait qu’elle ne soit plus qu’une employée et ait des dettes à rembourser, elle gagnait son propre argent et était maîtresse d’elle-même. Si un jour elle désirait partir, il lui suffirait de passer une annonce dans le journal et rien de plus. Ce n’était pas pour autant qu’elle n’éprouvait pas une certaine honte en songeant à la chute effectuée dans l’échelle sociale. Toutes ces choses qui lui avaient paru sans importance lui semblaient désormais désirables à présent qu’elle avait perdu le respect qui autrefois lui était accordé, et qu’elle connaissait la pauvreté.

Malgré la désagréable impression d’avoir été interrogée, elle s’était surprise à apprécier la compagnie de Lady Emily. Elle n’avait toujours pas trouvé comment se comporter avec elle de manière à conserver un ascendant sur son élève, mais la jeune femme s’était montrée de si bonne volonté qu’elle ne craignait plus l’idée de devoir lui enseigner certaines choses. De plus, elle était intelligente et appliquée, nul doute qu’elle ferait encore de nombreux progrès jusqu’à son mariage, le jour où ses parents lui auraient désigné un époux, ou lorsqu’elle en aurait trouvé un de sa convenance. Soulagée que le temps des questions soit terminé, elle reprit le sujet du dessin, sans doute bien plus approprié. « Il est vrai que ce ne sera pas simple, mais après tout, c’est en vous confrontant à la difficulté que vous progresserez. » Le sujet était sans doute un peu ambitieux, mais si le résultat était décevant, il lui serait toujours possible de recommencer. Elle regarda une fois de plus ce qu’avait dessiné la jeune femme. « Etes-vous certaine de ne pas vouloir le montrer à votre mère? Elle sera ravie de vos progrès. »
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